Sang impur de Hugo Hamilton

Le narrateur est un enfant. Il raconte sa vie, en Irlande au sein de sa famille. Tout est vu avec une certaine naïveté enfantine qui ne fait que souligner les contradictions et les injustices de la société des adultes. Hugo ( il porte le même prénom que l’auteur car le roman est autobiographique) a des frères et sœurs, d’ailleurs la famille ne cesse de s’agrandir. Le malheur, pour ces enfants, est que leur mère est allemande et leur père un nationaliste irlandais; si bien que les enfants parlent Allemand et Irlandais mais tout ce qui est anglais est interdit chez eux. Leur père ne badine pas avec cette interdiction si bien que les enfants n’ont pas d’amis; en effet, la plupart des Irlandais parlent anglais, assez peu pratiquent le Gaëlique.D’autre part, les autres enfants les traitent de nazis et leur font subir des sévices ce qui tend à les marginaliser encore davantage.


Leur mère leur a pourtant raconté la guerre qu’elle a vécue en Allemagne et les enfants se rendent compte que leur famille maternelle était contre le nazisme. Mais les autres enfants continuent à les traiter d’Eichman et d’Hitler.
La violence est dans la rue mais aussi à la maison où leur père leur inflige des châtiments corporels quand ils ont enfreint une de ses lois comme parler anglais. Ce père a souvent des idées lumineuses pour faire fortune, idées qui échouent toutes lamentablement: par exemple commercialiser des crucifix importés d’Allemagne ou des chapeaux en papier.
Les enfants sont partagés entre le désir de continuer à être Allemand-Irlandais pour faire plaisir à leurs parents et le souhait de rejeter cette double appartenance pour cesser d’être persécutés,pour devenir enfin comme tout le monde.
Tout cela est raconté avec un humour qui tient au regard enfantin du narrateur; j’ai apprécié aussi ce ton de sincérité et les trouvailles poétiques. En voici un exemple:

 » Et puis un jour, mon père et ma mère ont fait un drôle de truc. D’abord ma mère a écrit une lettre chez elle, en Allemagne, en demandant à une de ses sœurs de lui envoyer des pantalons neufs pour mon frère et pour moi. Elle voulait qu’on porte un vêtement allemand: des Lederhosen.. Quand le paquet est arrivé, on brûlait d’envie de les enfiler et de courir dehors jusqu’au bout de la ruelle, derrière les maisons. Ma mère, elle n’en croyait pas ses yeux. Debout, un peu en retrait, elle battait des mains et elle a dit  » Maintenant, vous êtes de vrais garçons. Vous pouvez escalader les murs et grimper aux arbres tout votre soûl, ces pantalons de cuir sont indestructibles  » et ils l’étaient. Alors mon père a voulu qu’on porte aussi un truc irlandais. Il est sorti illico acheter des chandails d’Aran tricotés à la main. De gros pull-over en laine blanche avec des torsades; ils viennent de l’ouest de l’Irlande et ils sont indestructibles aussi. Alors mon frère et moi on est sortis en courant, avec nos Lederhosen et nos tricots d’Aran. On sentait la laine brute et le cuir neuf, irlandais en haut, allemand en bas. On était indestructibles.  »

Comme vous le voyez, si l’histoire est cruelle, elle est contée avec tant d’humour qu’elle en devient inoubliable.

 

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