Mr.Ashenden et autres nouvelles de W. Somerset Maugham

« Comme dans les nouvelles pour dames
De Somerset Maugham »

 

Cette phrase a le don de m’irriter prodigieusement ; bien sûr, il ne s’agit que d’une chanson, mais je voudrais savoir ce qu’Alain Souchon entend par « littérature pour dames » : pense-t-il à « littérature à l’eau de rose » ? Dans ce cas y associer Somerset Maugham est une erreur, j’en tiens pour preuves ses nouvelles d’espionnage qui ont été nourries d’une réalité vécue, « ce recueil, dit l’auteur dans la préface, s’inspire de mon expérience d’agent secret pendant la guerre ( 1ère guerre mondiale) mais remaniée au service de la fiction . Car la réalité est un piètre conteur ».

Je vais vous présenter la nouvelle que je préfère, elle s’intitule « Son Excellence » et vous verrez que les hommes aussi peuvent, sans déchoir, lire les nouvelles de Somerset Maugham ainsi que ses romans qui eurent un très vif succès lors de leur parution.

L’humour est présent dans toutes ces nouvelles mais il atteint des sommets dans le portrait de Sir Herbert Witherspoon dont le narrateur dit : «  Son apparence et ses façons faisaient de lui le spécimen parfait de sa race ».

« Il était exactement à l’image que l’on se fait d’un ambassadeur. La plus légère exagération de l’une quelconque de ses caractéristiques eût fait de lui une caricature. Il était toujours à un cheveu du ridicule et, en l’observant, on retenait son souffle, comme au spectacle d’un danseur de corde évoluant à une hauteur vertigineuse. »

Or voici que Sir Herbert invite Ashenden à dîner et ce dernier se rend vite compte que ce sera en tête à tête. Il est intimidé et a peur de s’ennuyer. A la fin du repas, s’entretenant d’un ambassadeur sur le point de perdre son poste pour s’être mis en tête d’épouser une « cocotte » célèbre, Sir Herbert se souvient d’un de ses amis qui, lorsqu’il était jeune, a vécu une expérience similaire et il se met à conter cette histoire : ( récit dans le récit, donc et changement de narrateur).

Cet ami, Anglais, se nommait Brown et il venait souvent à Paris où il fréquentait peintres et écrivains. L’un d’eux, un jour, présente Brown à une amie acrobate travaillant dans un cirque et aussitôt elle lui fait une grosse impression : « Elle évoquait la chaleur du goudron, le zinc des bistrots, l’atmosphère populeuse des quartiers pauvres de Paris. Son parler aux images savoureuses et originales agissait sur Brown comme du champagne. Oui, c’était une fille des rues, mais sa vitalité était aussi communicative que la chaleur d’un brasero. »

Brown raccompagne Alix et alors que tout porte à croire qu’il pourrait passer la nuit avec elle, trop timide et poli, il la quitte sur le seuil de sa porte. Il se rend vite compte de son idiotie et, les jours suivants, il n’a de cesse de la revoir ; sans succès. Il repart pour l’Angleterre et se souvient qu’elle lui a dit, lors de cette mémorable soirée, que sa troupe devait se produire à Londres. Brown assiste à la représentation : le numéro d’Alix est nul, ridicule, pitoyable. Néanmoins il dîne avec elle et espère qu’ils passeront la nuit ensemble mais elle prétexte un rendez-vous et lui dit qu’ils se reverront à Boulogne la semaine suivante : « A son retour de Boulogne, mon ami se rendit compte qu’il était amoureux fou d’Alix et il s’arrangea pour la revoir quinze jours plus tard à Dunkerque ». Il sait qu’elle ne l’aime pas : «  Pour elle, il n’était qu’un homme parmi des centaines et elle ne lui cachait pas qu’elle avait d’autres amants ». Brown a l’espoir de se libérer de cette «  intrigue sordide » à la faveur d’une tournée d’Alix en Afrique du nord et de se marier avec une jeune fille de bonne famille qui faciliterait son ascension professionnelle et sa réussite sociale ; « Il n’était pas amoureux d’elle mais il la trouvait charmante. ».

Sur ce, Alix revient : « Il se rendit à Marseille et l’accueillit comme elle débarquait du bateau de Tunis ». Trois mois le séparent de son mariage et il se demande s’il pourra quitter cette femme dont il est fou, même si elle se prostitue…

Vous lirez l’émouvante fin de l’histoire racontée par le très sérieux Sir Witherspoon.


Note :

Les nouvelles d’espionnage de S.Maugham , au nombre de 8, ont été écrites pendant la 1ère guerre mondiale ; l’auteur en avait composé 14 autres mais W.chuchill les trouvant trop confidentielles, elles sont restées inédites. Au dire de son secrétaire, Maugham les aurait détruites vers la fin de sa vie.

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