L’immeuble Yacoubian de Alaa El Aswany

C’est la chronique des habitants d’un immeuble et à travers elle, celle d’un quartier d’une grande ville, Le Caire, en Egypte contemporaine. On pense, comme le suggère l’éditeur, à Naguib Mahfouz et à son  » Impasse des deux palais » ( voir mon compte rendu de mars 2018); sauf que ce roman-ci fait état de problèmes actuels auxquels sont confrontés les Egyptiens..Le narrateur porte sur ses personnages un regard plein d’empathie et c’est sans doute ce mariage harmonieux du ton et de la critique qui a engendré le succès phénoménal du livre: 2000000 d’exemplaires en ont été vendus dont 350000 en France.
Donc, les problèmes des habitants de l’immeuble Yacoubian:
-Celui de Zaki Dessouki dont la famille fortunée a tout perdu lors de la révolution qui a entraîné la chute du roi Farouk et un changement de régime. Le bureau d’architecture a vite périclité lui laissant tout le temps pour s’adonner à sa passion: les femmes.
-Celui de Hatem Rachid, rédacteur en chef d’un journal francophone et homosexuel.
Il rêve d’une relation stable et croit pouvoir l’établir avec Abdou, marié et père de famille; la pauvreté fera accepter à Abdou cette relation pendant un certain temps car Hatem Rachid est amoureux et très généreux.
-Celui encore d’Azzam, homme d’affaires ambitieux ne répugnant pas aux affaires louches mais se heurtant à l’appétit des hauts dignitaires du régime dont le plus intéressé est le Grand Homme ( le président égyptien ? )
Sans compter le problème des femmes, ces hommes aisés ou fortunés étant obsédés par le désir de s’attacher une seconde épouse ou une maîtresse au moyen de leur argent.
Et ces femmes souvent très jeunes contraintes d’accepter des relations avec des hommes âgés pour fuir leur misère ou laver leur honneur perdu.
-Celui enfin de Taha, cet étudiant brillant qui rêvait de devenir policier et se voit rejeté parce que son père est concierge. Désespéré par la faillite de son espoir et celle de son amour, il échoue chez les islamistes qui ont tôt fait de récupérer son désir de vengeance et de l’orienter vers le jihad.
L’auteur donne à tous ces récits un tour plaisant qui fait passer en douceur un véritable état des lieux de la société égyptienne; le constat n’est pas très brillant: arbitraire de l’Autorité et corruption à tous les niveaux.

Cet excellent roman témoigne d’une certaine liberté d’expression qui existait en Egypte lors de sa parution en 2002 ( 2006 pour la traduction française ) sous le gouvernement de Hosni Moubarak; ce n’est plus le cas actuellement, l’auteur ayant dû s’exiler aux Etats Unis pour échapper à la censure et aux poursuites de la justice de son pays. Il enseigne aujourd’hui à New-York.
Son dernier livre  » Jai couru vers le Nil  » est interdit en Egypte car il met en scène les événements de la place Tahrir au Caire en 2011.

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