L’homme du lac de Arnaldur Indridason

L’action se déroule en Islande, menée par le commissaire Erlendur, aidé de ses adjoints Sigurdur Oli et Elinborg dans cette enquête; ce qui la motive étant que, le niveau du lac de Kleifarvatn a baissé et qu’une hydrologue a découvert un squelette humain enfoui dans la boue. Il porte un large trou dans la boite crânienne et est attaché à un vieil émetteur radio. Les analyses montrent que cet homme est mort entre 1960 et 1975, aussi les enquêteurs se mettent-ils à la recherche d’individus de sexe masculin ayant disparu du pays durant cette période.
Parallèlement à cette enquête, un autre récit se déroule, celui concernant Thomas.
Un retour en arrière nous montre Thomas, jeune socialiste convaincu et actif, bardé d’idéaux marxistes, envoyé par son parti à Leipzig, en Allemagne de l’est pour y faire des études d’ingénieur. Cela se passe juste après la seconde guerre mondiale et la R.D.A n’a pas encore entrepris la reconstruction de pays. Les étudiants vivent dans des conditions précaires, voire misérables mais l’université est excellente. Thomas rejoint à Leipzig d’autres étudiants islandais, envoyés comme lui par le Parti. Comme chacun d’eux, il a un tuteur allemand; le sien se nomme Lothar. Très vite Thomas fait la connaissance d’Illona dont il tombe amoureux.


Mais Illona est hongroise, elle est tout à fait pour le mouvement de révolte qui gronde alors dans son pays, et, à Leipzig, elle organise des réunions secrètes d’opposants au régime socialiste. Progressivement, Thomas va constater la dictature du parti communiste, l’absence de liberté d’expression, l’obligation d’assister à des réunions, défilés, chantiers et portera un œil de plus en plus critique sur cette mise en pratique des idéaux de Karl Max qui l’avaient jusque là construit et soutenu.
Les disparitions sont bien faites pour intéresser le commissaire Erlendur, c’est son centre d’intérêt le plus puissant depuis que, enfant, pris avec son père et son petit frère dans une tempête de neige, il a lâché la main du petit que l’on n’a jamais retrouvé.
L’équipe de policiers entreprend d’interroger les proches ou connaissances de gens disparus et Erlendur est frappé par le témoignage d’une femme, à l’époque employée d’une crèmerie, qui a perdu son compagnon dans des conditions mystérieuses.
Ce Léopold était représentant en machines agricoles et il sillonnait le pays pour le compte de son entreprise. Elle ne le connaissait pas depuis longtemps mais elle pensait qu’ils se marieraient. Ils avaient acheté une Ford Falcon noire et ce détail deviendra le fil conducteur de l’enquête.
Le fait que l’appareil de radio auquel le squelette était attaché soit de fabrication russe fait penser qu’il a été apporté en Islande par des Russes ou des Allemands de l’est.
Le commissaire se rend compte alors que le pays a sans doute été espionné durant cette période d’après guerre où des bases américaines furent installées en Islande. La piste communiste fait remonter les policiers aux années que des étudiants islandais ont passé à Leipzig.
Leipzig où les événements ont viré au tragique pour Thomas et Illona; Lothar, tuteur de Thomas était de la Stasi et bientôt Illona est arrêtée. Elle disparaît à tout jamais, brisant ainsi la vie de Thomas qui ne cessera de la rechercher jusqu’au jour où…
Vous aurez compris que les deux récits parallèles et les deux époques confluent quand l’enquête mène les policiers au groupe d’étudiants islandais envoyés en Allemagne.
Je passe sur les nombreuses péripéties menant au dénouement pour vous dire ce que j’ai aimé dans ce livre: comme dans les deux précédents romans de cet auteur, ( La femme en vert et La voix ) la construction est rigoureuse; mais il y a plus : c’est l’épaisseur des personnages comme celui de Erlendur, toujours obsédé par la disparition de son frère, inquiet pour sa fille Eva Lind qu’il ne parvient pas à secourir, immergée dans la drogue comme elle est…A un tableau de la société islandaise actuelle répond une peinture critique du pouvoir communiste avant la chute du mur de Berlin.
Ce que j’ai aimé aussi, ce sont les images qui ajoutent à la vraisemblance du récit:
celle, récurrente et muette de ce couple âgé qui passe dans la rue, lui marchant devant et parlant, elle se hâtant, derrière, pour entendre ce qu’il dit; récurrent également le coup de téléphone désespéré à Sigurdur Oli de cet homme qui a perdu sa femme et son enfant dans un accident de la route et qui se sent coupable de leur mort. Ou encore une image en miroir, au début et à la fin qu’on pourrait intituler  » De l’usage d’une pelle ».
Bref, un très bon, très riche roman, beaucoup plus qu’un simple polar.

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