Les poissons ne ferment pas les yeux

Erri De Luca

Erri De Luca est né en 1950 à Naples. Il a été ouvrier pendant 18 ans et a publié ses premiers écrits en 1989 (« Une fois, un jour » 1992 pour l’édition française). Depuis, il a beaucoup publié et obtenu en 2002 le prix Fémina Etranger pour Montédidio ; il a aussi écrit des nouvelles et des recueils de poèmes.
Son amour pour la montagne ( il a pratiqué l’alpinisme jusqu’à ce qu’un infarctus lui interdise les courses) lui a inspiré « Le poids du papillon » publié par Gallimard en 2011, dont Bernard Pivot dit qu’ il pèse peu dans la main et beaucoup dans le cœur et la mémoire.
Je dirai la même chose de ce petit roman autobiographique qui compte 129 pages et doit se lire lentement pour être pleinement apprécié.
Il a été publié chez Gallimard en 2013 pour la traduction française.

Il raconte les vacances d’un garçon d’une dizaine d’années qui vit avec sa famille à Naples où leur vie n’est ni facile ni heureuse ; mais l’été le remplit de bonheur car, avec sa mère et sa sœur, il va sur l’île d’Ischia, en face de Naples.
Là, leur mère les laisse libres d’aller et de venir.
Le garçon est solitaire et taciturne ; il a hérité de son père l’amour des livres :
« J’avais la petite chambre où je dormais sous les châteaux de livres de mon père. Ils s’élevaient du sol au plafond, c’étaient les tours, les cavaliers et les pions d’un échiquier placé à la verticale. La nuit, des poussières de papier entraient dans mes rêves. Durant mon enfance au pied des livres, mes yeux ne connurent pas les larmes. »
Ce qui est curieux chez un enfant de cet âge, c’est qu’il ne croit pas au verbe
« aimer ».
Mais, cet été là, à Ischia, il va se passer beaucoup de choses.
Lorsque le garçon n’est pas à lire sous le parasol de sa mère, il nage et il nage très bien puisqu’il réussit à semer le gros lard qui voulait lui faire boire la tasse.
Ou alors il va sur la plage des pêcheurs où l’un d’eux l’emmène quelquefois au large, même la nuit, parfois. Les pêcheurs parlent en Napolitain et l’écrivain rapporte leurs paroles en dialecte ; les langues ont pour lui une grande importance : le Napolitain est la langue de la mère et celle du peuple, l’Italien celle du père et de la promotion sociale.
Le père, lui, est absent. Il est parti en Amérique tenter sa chance ; sa mère était américaine, mariée et établie à Naples et elle a entretenu le mythe d’une Amérique prospère où il est aisé de réussir.
Mais ce gamin qui grandit entre une sœur extravertie et sa mère voudrait grandir plus vite afin de mieux comprendre le monde. Il a l’impression d’être prisonnier d’une chrysalide qu’il lui faudrait briser pour naître enfin au monde en adulte.
Cet été là, il se lie d’amitié avec une fillette de son âge qui se passionne pour les animaux et qui semble avoir acquis une certaine maturité par sa connaissance du monde animal.
Dans le même temps, trois garçons l’embêtent, le prennent pour cible. Pour se défendre il utilise la ruse : il cache un oursin dans le sable de façon que l’un d’entre eux au moins marche dessus, mais cela ne fait qu’attiser la méchanceté des trois garçons.
Avec la fillette, progressivement, il va apprendre le sens du verbe aimer :
Ils sortent de l’eau en se tenant par la main et « Je luis dis que la paume de sa main était mieux que le creux d’un coquillage pendant que nous regagnions le rivage, détachés. « Tu sais que tu as dit une phrase d’amour ? dit-elle en se dirigeant vers le parasol.
Les trois garçons, pour se venger ou par jalousie lui tendent un piège l’agressent mais bizarrement, il ne se défend pas.
Il ne s’est pas défendu et il ne veut pas se venger mais la fillette, elle, va ourdir une revanche éclatante que je vous laisse découvrir comme je vous laisse la plaisir de découvrir les images poétiques qui émaillent le récit et qui font de ce petit roman un vrai bijou.
L’enfant pensait en ne se défendant pas contre les trois garçons que les coups briseraient cette chrysalide qui empêchait sa croissance mais cet été là, c’est la fillette et la connaissance du verbe aimer qu’elle lui a inculquée qui ont joué ce rôle.

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