Les fainéants dans la vallée fertile

d’Albert Cossery

C’est un écrivain égyptien francophone.
Sa première œuvre romanesque publiée en 1941 s’intitulait « Les hommes oubliés de Dieu ». En 1955 « Mendiants et orgueilleux » a fait partie de la liste des favoris pour le Goncourt.
Il a écrit 8 romans, le dernier, paru en 1999 avait pour titre « Les couleurs de l’infâmie ».
« Les fainéants dans la vallée fertile »fut publié par Robert Laffont en 1964, puis en 1999 par Joëlle Losfeld.
Des fainéants, il y en a partout dans l’œuvre de Cossery mais, dans ce roman, la fainéantise devient un idéal de vie.


L’histoire se passe au Caire et met en scène une famille : un père âgé et ses fils, Galal, Rafik, Sérag plus la petite bonne qui les sert tous, Hoda. Toute cette famille dort, à l’exception de la jeune servante.
Le sommeil a été érigé en règle de vie. L’aîné, par exemple dort depuis 7 ans, ne se levant que pour manger. Rafik a choisi le sommeil comme refuge contre un monde misérable dont la promiscuité lui est odieuse. Il a été amoureux d’Imtissal, une prostituée et a songé à l’épouser mais la perspective de devoir travailler lui a rapidement fait abandonner ce projet. Quant au troisième fils, Sérag, il trouble le repos des autres par son originalité : il veut absolument sortir de cette maison et aller travailler. Le vieux Hafez, si fier de pouvoir offrir à tous cette vie de tout repos est indigné par la prétention et l’ingratitude de Sérag ; de plus « ce sont là des idées subversives, dit le père, (…) je me demande qui a pu te les inculquer. Tu es né dans une famille honorable. Je te prie de ne pas gâcher notre réputation ».
C’est pourtant par le père que leur repos sera mis en péril, lui a qui vient l’idée saugrenue de se remarier, vieux et à demi impotent comme il l’est ! Ses fils vont se liguer contre lui, au moment où, grâce à beaucoup d’efforts ils seront réveillés.
Ce qui fait la valeur de ce roman outre l’originalité de l’intrigue, c’est l’ironie du narrateur peignant ses personnages : ainsi Rafik cherchant à faire peur à Sérag en lui parlant du travail : « Sais-tu, mon cher Serag, qu’il y a des pays où les hommes se lèvent à quatre heures du matin pour aller travailler dans les mines ? –Les mines, dit Sérag. Ce n’est pas vrai, tu veux me faire peur. » Il était vivement impressionné. Ou bien la marieuse inventant au vieux Hafez une maladie pour montrer à tous son statut social. Elle colporte partout qu’il a du diabète. Seul Rafic a compris pourquoi : « D’après le raisonnement de cette ignorante, il paraît qu’un homme atteint de diabète est un homme qui a mangé beaucoup de douceurs dans sa vie. Et un homme qui a mangé beaucoup de douceurs dans sa vie n’est pas n’importe qui, ça ne peut être qu’un homme de rang social élevé. »
Cette dérision coexiste avec une peinture du petit peuple égyptien, des gueux, des mendiants.
Enfin le style de Cossery fait de la lecture de chacune de ses œuvres, un vrai régal, une réelle fête.

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