Impasse des deux palais de Naguib Mahfouz

C’est là le premier volume d’une trilogie de Naguib Mahfouz, écrivain égyptien de langue arabe. Il a été publié au Caire en 1956 sous le titre « Bayn al Qasrayn », du nom d’un vieux quartier qui donne son titre original au roman et signifie « entre les deux palais »; il s’agissait de palais élevés par les califes à l’époque fatimide, aujourd’hui disparus. Dans ce quartier vit la famille bourgeoise d’Ahmed Abd El Gawwad dont le roman livre la chronique entre 1917 et 1919. Le lecteur va vivre la vie quotidienne d’Ahmed, le père, mais aussi d’Amina son épouse, de leurs filles, Khadiga et Aïsha ainsi que de leurs fils, Yasine, Fahmi et Kamal. Et il ne va pas s’ennuyer, le lecteur, compte-tenu de la densité et des rebondissements de l’action.

Le père est un commerçant honorable qui ne doit sa réussite qu’à lui-même; apprécié de tous dans le quartier, il fait régner chez lui une discipline de fer. Il est croyant, fait ablutions et prières quotidiennement et se rend à la mosquée Al Hussein le vendredi. Cela ne l’empêche pas de sortir chaque soir pour se rendre avec ses amis chez quelque almée, sa maîtresse du moment, afin de chanter, de s’amuser et de boire du vin jusqu’à minuit. Sa femme, réveillée avant qu’il rentre, le guette derrière le moucharabieh de la maison afin de l’accueillir.
Mais la vie quotidienne de cette famille de sept personnes ne va pas sans péripéties et mésaventures qui contrecarrent quelquefois l’autorité absolue d’Ahmed. Ainsi lorsque Amina, épouse pourtant très soumise, profitant de l’absence de son époux, se rend à la mosquée avec le plus jeune de ses fils. Hélas, elle a un accident et ne peut dissimuler son « crime » à Ahmed. Il la répudie momentanément pour la punir de sa désobéissance. On voit ainsi, dans ce roman, le caractère impitoyable des lois qui gouvernaient les femmes et les tenaient cloîtrées chez elles durant toute leur vie. Ou encore, c’est la honte, l’humiliation de Yasine à l’annonce du 4ème ou 5ème remariage de sa mère, ex-épouse d’Ahmed. Ou bien les folies du même Yasine qui ne peut s’empêcher d’attaquer sexuellement les servantes de la maison alors qu’il a une épouse…
Le roman ne se limite pas à ces nombreux rebondissements, si réjouissants soient-ils, l’auteur analyse finement la psychologie des différents protagonistes, ce qui leur donne une densité certaine et ajoute à l’effet de réel.
D’autre part, on a dit que ce roman était en partie autobiographique et que Kamal, le plus jeune des enfants Abd El Gawwad était une image de l’auteur qui a passé son enfance dans les ruelles du vieux Caire; il entraîne le lecteur à la suite de Kamal dans ces venelles où l’enfant musarde, décrivant les échoppes, les petits commerces.
Enfin l’auteur nous fait vivre les événements politiques dont il a été témoin en 1919: Zaad Zaghloul , ayant demandé que soit levé le Protectorat anglais et proclamée l’indépendance du pays, fut arrêté, ce qui déclencha une révolte populaire et des émeutes dans les rues du Caire. Dans le roman, Fahmi participe à cette lutte et paie de sa vie son engagement auprès des nationalistes. On voit alors le chagrin du père et on a la confirmation de son amour profond pour les siens en dépit de son extrême sévérité.

Il est difficile de résumer un roman aussi dense et encore il ne s’agit que du premier volume de la trilogie; dans les deux suivants « Le Palais du désir » et « Le jardin du passé », l’action se poursuit jusqu’en 1944.
Naguib Mahfouz est considéré comme le fondateur du roman arabe moderne. Auteur d’une cinquantaine de romans et recueils de nouvelles, il a été le premier romancier arabe à obtenir le prix Nobel de littérature en 1988.

 

 

 

 

 

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