Le gardien du feu de Anatole Le Braz

 

La présence d’un phare dans « La mémoire des embruns » de Karen Viggers me fait penser à un roman d’Anatole Le Braz où le rôle du phare est central : « Le gardien du feu ».

Point de terres australes ici mais la Bretagne de 1876 car c’est à cette date que l’histoire débute, une histoire tragique dont le dénouement se jouera sur l’îlot désolé de Gorlébella au cœur du Raz de Sein.

Ce roman délivre un parfum de Bretagne ancienne, terre de légendes et de tempêtes.

Le roman se compose de 15 chapitres précédés de quelques pages où l’auteur utilise une stratégie narrative assez fréquente dans les romans du 19ème siècle (« Le roman de la momie » de TH. Gautier par exemple). Le narrateur a entre les mains un document qu’il transcrit pour nous où Goulven Denès a conté « le drame peut-être le plus atroce dont les tragiques annales du raz aient conservé le souvenir ».

Ce narrateur dit « je » sans se nommer mais il se fait remettre par un ingénieur du service des phares des feuilles d’ « observations sur les circonstances du service » au dos desquelles Goulven Denès, l’un des principaux protagonistes, a raconté son histoire. Mais pas de suspense car ces quelques pages d’introduction annoncent que Goulven Denès a disparu et que, dans le phare, une pièce fermée renferme deux cadavres.

Désormais le narrateur sera le personnage principal.

Il est né « de cette race austère » du pays de Léon et a failli devenir prêtre, mais sa lenteur dans l’apprentissage du latin lui ferme les portes du petit séminaire et il s’engage dans la marine nommée « la Flotte ». Il navigue dans de lointains pays sans beaucoup apprécier la navigation mais un jour, de passage à Tréguier, il rencontre Adèle Lézurec « cette belle fille, cette fleur de jeunesse et de grâce, cette rose d’enchantement ». Tantôt elle est une magicienne car Goulven est tout de suite « ensorcelé », un « sortilège émane d’elle », tantôt elle lui apparaît comme « un être d’une essence supérieure », « une apparition » devant laquelle il joint les mains comme le fait le croyant à l’église. Epousée, elle le charme en lui racontant des légendes ou des histoires qu’elle invente.

Pour vivre avec elle, il a changé de métier, il est désormais gardien de phare. Et un jour il est affecté au phare de le Vieille sur l’îlot de Gorlébella

Les indices annonciateurs d’un destin tragique sont nombreux, Goulven en est conscient, mais il est trop passionnément amoureux pour en tenir compte : sur la route de cap ils voient « un manoir isolé, d’aspect tragique et sur qui semblait planer le souvenir d’un crime ».

Puis, « sur notre gauche c’est l’enfer du Raz… Cette grève c’est la baie des Trépassés » et quand ils arrivent pour la première fois à la pointe du Raz Goulven note : « j’eus le pressentiment très net que ce pays farouche, voué jadis à d’horribles holocaustes, nous serait fatal ».

Les avertissements du destin se multiplient mais il a une confiance aveugle en Adèle et il faudra la dénonciation de la « Penn-dû », la femme de Sein, épouse de son collègue pour lui ouvrir les yeux. Il ne l’aime pas beaucoup la femme Chevanton, « sous sa cape noire elle avait le front étroit et comme barré de fanatisme de la plupart de ses compatriotes », cette femme qui, après la tempête « errait la nuit le long des grèves en quête d’épaves qu’elle vendait ».

Elle sera l’arme du destin, son témoignage scelle la fin tragique des trois protagonistes, Goulven, Adèle et son amant Hervé Louarn.

Il vous reste à découvrir les péripéties et l’atmosphère de cette histoire de passion empreinte de romantisme dans une Bretagne dont nous avons perdu nombre de traditions, de valeurs et parfois même le vocabulaire.

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