Dans le grand cercle du monde de Joseph Boyden

Le roman d’Anne-Marie Garat que je suis en train de lire et qui s’intitule  » Le Grand Nord-Ouest  » met en scène des Indiens du nord du continent américain et les oppose à ceux qu’ils nomment  » Blancs « , Américains et Canadiens. Il souligne le respect des populations indiennes pour la nature, qu’elle soit animale ou végétale ; un respect des dons de la nature dont les Blancs sont très éloignés. Il semble suggérer que le sauvage n’est pas celui qu’on croit.
Cette dimension se trouvait déjà dans le roman de Joseph Boyden dont je vous parle maintenant.
Ce livre conséquent ( 690 pages ) doit beaucoup à un énorme travail de documentation fait par l’auteur à partir d’œuvres d’historiens du peuple Huron et de récits de missionnaires jésuites au 17ème siècle en Amérique du nord. L’action se déroule en effet dans les années 1634-35.
Comme son titre l’indique, ce roman a une structure circulaire, les deux dernières pages en italiques répondant aux deux premières également en italiques, dans lesquelles un Amerindien ( ou peut-être tous les Amerindiens ) prennent la parole.
Mais si la voix amerindienne ouvre et clôt le récit comme chacune des trois parties, lui donnant ainsi une forme de supériorité due sans doute à son antériorité, elle n’est pourtant pas la seule : le récit est également pris en charge par celui que les Indiens nomment le Corbeau, à cause de sa soutane noire de prêtre et une jeune Iroquoise, une fillette faite prisonnière par les Hurons. Trois points de vue donc, influencés par la civilisation à laquelle ils appartiennent et par les croyances qui sont les leurs.


Le narrateur Huron s’appelle Oiseau, il a pour ami et second Renard. Le lecteur apprend bientôt que la jeune Iroquoise prisonnière répond au nom de Chutes de Neige.
Oiseau l’adopte, un peu pour remplacer sa femme et ses filles tuées lors d’une bataille contre une tribu rivale les Haudenosaunees.
Ces trois narrateurs vivent dans un village constitué de  » maisons longues », chacune de ces maisons abritant plusieurs familles; nous entrons dans l’intimité de ces villageois et de leur mentalité à travers les pensées et les actes de Oiseau et de Chutes de Neige, et pouvons ainsi comparer leur culture à celle que le Jésuite veut leur imposer.
Ces  » sauvages  » pensent que tout ce qui existe possède une  »  orenda « , c’est-à-dire un esprit ou ce que nous nommons âme . Les hommes chassent mais pour qu’ils tuent ce dont ils se nourriront, encore faut-il que l’orenda de l’animal consente à sa mort.
Les femmes , elles, cultivent  » les trois soeurs « , à savoir, la courge , le maïs et le haricot.
La tribu s’adonne également au commerce avec les  » hommes velus  » ou  » peuple de fer » de Champlain au Québec; elle leur apporte des peaux de castors troquées contre des outils en métal et des armes. Depuis que les Indiens ont fait la connaissance des  » bois brillants » dont disposent ces Blancs venus de loin, ils rêvent d’en posséder; mais les Français leur octroient les fusils au compte-gouttes.
Les Hurons ont leurs croyances : ils offrent du tabac à Aataentsic, la  » femme-ciel » afin qu’elle favorise leurs projets, qu’elle les protège. Ils croient que leurs rêves sont prémonitoires et certains d’entre eux , telle « Petite Oie  » prédisent l’avenir ou font revivre les morts sous la forme de figurines. Ils enterrent leurs morts avec beaucoup de soin et d’affection et quand le village migre, ils les emportent avec eux. Ils croient en l’immortalité de l’âme.
Le Corbeau nommé aussi  » Bois-Charbon  » ( en réalité il s’appelle Christophe) est là pour lutter contre ces croyances qu’il refuse de considérer comme composantes d’une spiritualité . Il est venu afin d’évangéliser les Indiens. Vivant dans un village Huron, il apprend progressivement sa langue et ne ménage pas des efforts qui ont le don de déclencher l’hilarité des habitants. Il sera bientôt rejoint par deux autres Jésuites, Isaac et Gabriel . Pour convertir les Indiens, ils exploitent leur crédulité.
La fillette révoltée et sauvage , Chutes de neige, finira par se soumettre à son sort et par apprécier son père adoptif, Oiseau, bien qu’il soit le meurtrier de ses parents.
Plus tard, elle s’attachera à Porte-une-hache, le fils de Grands-arbres et de Dort-Longtemps . Mais tous ces Indiens quelles que soient leurs tribus, ont des mœurs cruelles :
ils torturent les prisonniers qu’ils font à l’issue de fréquentes luttes qu’ils mènent contre des tribus adverses . Ils disent qu’ils les  » caressent « . Il y a trois scènes de ce genre, très impressionnantes dans ce roman . Ces épreuves ont pour but de tester la vaillance de leurs ennemis, de prouver la supériorité de l’esprit sur le corps.
Les tribus perdent une partie de leurs guerriers lors des guerres qui les opposent, mais elles perdent aussi une grande partie de leurs effectifs à cause des maladies introduites par les Blancs.

Evidemment, je ne vous raconte pas routes les péripéties de ce roman,  important à mes yeux car il invite à se poser nombre de questions:
A quelles conditions des cultures différentes peuvent-elles dialoguer au lieu de s’opposer ou de s’entre-tuer ?
La spiritualité peut-elle se passer de religion ?
Bien que l’action se situe au 17ème siècle, une question d’importance à l’heure de la mondialisation: quelle place pour le commerce dans nos civilisations, comment le rendre équitable ?
Enfin ultime mais importante interrogation: ne devrions-nous pas, nous, peuples soi-disant civilisés, nous inspirer de ce respect de la nature dont font preuve les coutumes ancestrales des AmerIndiens ?

 

 

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